l'assentiment des autres : ils étaient heureux. Puis, brutalement, l'inimaginable. Un banal examen de routine. On découvre à Marc une leucémie. En six mois le ravage est accompli. Marc meurt un matin de mai. Un homme immense devenu aussi léger que du papier couché dans un lit blanc. C'était il y a trois ans. Voilà la vie : on est heureux. On en est parfois conscient. Soudain tout bascule. On se retrouve plongé dans un autre temps, un autre espace. L'existence se referme. On est pris à son piège. On s'enfonce dans la solitude. Impossible de saisir la main de quiconque. L'époque heureuse apparaît comme une bulle, flottant, légère et inatteignable, au-dessus de nous. Ana parle rarement de cette période. Parfois, dans un soudain débordement, certaines images ressurgissent. Seulement les bons moments. La maladie, la souffrance, la mort, jamais elle ne les évoque..

